Stress
et nouvelles technologies
L'utilisation des robots
permet de diminuer les accidents du travail, et celle des outils informatiques
de supprimer certaines tâches fastidieuses. Pourtant, il ne faudrait pas en conclure
que les nouvelles technologies, et les nouvelles organisations qui les accompagnent,
améliorent systématiquement les conditions de travail.
Les
études que nous menons actuellement en entreprise font apparaître une augmentation
de la charge de travail. On la mesure grâce au niveau d'ergostressie, véritable
syndrome de la société de l'information car c'est le résultat de la fatigue physique,
de la fatigue mentale, du stress et du plaisir.
La fatigue
physique n'a pas disparu dans la société de l'information. Aujourd'hui, elle est
souvent due à la position assise devant un écran, qui provoque maux de dos, de
poignets et de bras. Elle est due aussi aux déplacements. Plus nous travaillons
à distance avec des clients ou des fournisseurs lointains, plus il est nécessaire
de nous déplacer pour les rencontrer. C'est ainsi que les voyages professionnels
ont augmenté de 10% par an depuis le développement d'Internet!
La
fatigue mentale est liée, en grande partie, à l'obligation de suivre des procédures
très précises et de travailler sur des représentations abstraites de la réalité,
qui apparaissent sur les écrans sous forme de textes ou de graphiques.
Le
stress est évidemment une des conséquences les plus connues, puisque 28 % des
salariés européens déclarent en souffrir. Les causes sont multiples et sont liées
aux difficultés pour gérer, dans des délais trop courts, des messages trop nombreux
qui provoquent d'incessantes interruptions dans le travail. Pour les cadres, qui
traitent un message toutes les 4 minutes en moyenne, ces interruptions permanentes
viennent " hacher le travail " et créent le phénomène du cadrus interruptus très
difficile à supporter.
Mais dans l'évaluation de la pénibilité
réelle de notre emploi, il faut aussi prendre en compte les aspects positifs:
satisfaction de maîtriser des systèmes complexes grâce à l'interactivité et plaisir
de pouvoir communiquer avec des interlocuteurs variés et lointains.
Nous
utiliserons de plus en plus les technologies de la communication : à nous d'être
lucides sur nos conditions de travail et de repérer les facteurs sur lesquels
agir, individuellement et collectivement, pour maîtriser notre niveau d'ergostressie.
Yves Lasfargue : Auteur de " Halte aux absurdités
technologiques " - Les Editions d'Organisation - 2003 et du " Kit 2005 de mesure
de la pénibilité dans la société de l'information " téléchargeable gratuitement
sur http://www.ergostressie.com