EVITER LES EXCLUSIONS
LIEES A LA SOCIETE DE L'INFORMATION

Yves Lasfargue a écrit un certain nombre de livres et d'articles sur les exclusions liées à la frénésie technologique.

ARTICLES

LIVRES


INTERNET et EXCLUSIONS

La frénésie technologique
est - elle le principal moteur de l'exclusion?

L'ambiguïté de la lutte contre la "fracture numérique".
Il faut maintenir et créer des métiers "hypotechnologiques".


IL EST URGENT DE DEGONFLER LA BULLE SOCIALE AVANT SON EXPLOSION

Internet: après la bulle boursière, la bulle sociale?

C'est à cette question que répond le dernier livre d'Yves Lasfargue:

HALTE AUX ABSURDITÉS TECHNOLOGIQUES!
Éditions d'Organisation - 2003


Les 9 illusions technologiques
qui risquent de faire gonfler puis éclater la "bulle sociale Internet"


Voir l'article "La bulle sociale risque d'éclater" paru das "L'informatique professionnelle"

 

Reproduction d'un entretien d'Yves Lasfargue paru dans Le Monde - Initiatives n°1 d'octobre 2001 (Propos recueillis par Dominique Martinez)

Les imprécations de la cyber secte

L'expression de fracture numérique a été inventée par ceux qui pensent que, dans la société idéale, tout le monde devrait être équipé de matériels informatiques connectés à internet.

Toute inégalité d'utilisation des technologies numériques est donc une " fracture " à réduire ou un " fossé " à combler d'urgence. C'est l'analyse de certains internautes animés d'esprit associatif proclamant " plus on est d'internautes, plus on pourra bâtir le village mondial ", et des militants de l'égalitarisme répétant que " si tout le monde n'utilise pas internet, nous irons vers une société insupportable à deux vitesses".

Ces deux positions, plutôt sympathiques, ont été récupérées par les fournisseurs informatiques qui les ont transformées en arguments de ventes. Tous ces acteurs constituent nolens volens une cyber secte soudée par un objectif commun "Tout le monde doit utiliser internet tout de suite ". L'utilisation des technologies devient un objectif totalitaire: toute communication doit et va passer par des systèmes numérisés.

Ainsi, les constructeurs américains, largement relayés par les services de l'Union européenne, disent : "Tous ceux qui n'ont pas le même taux d'équipement en nouvelles technologies que la Finlande ou le Danemark, sont en retard ". L'analyse serait pertinente si elle concernait le taux d'équipement des entreprises françaises, qui souffriraient alors d'un véritable retard de compétitivité. Mais ce n'est pas le cas: nos entreprises sont aussi bien équipées que leurs concurrents. La plupart des statistiques ne concernent que l'équipement des ménages, et montrent simplement que les arbitrages de consommation des ménages danois sont différents de ceux que font les espagnols ou français.

Les imprécations de la cyber secte sur le retard et sur la fracture numérique se confortent l'une l'autre : "tous ceux qui n'utilisent pas internet tout de suite sont en retard ", et évitent de se poser des questions du type : " A qui ça sert ? ". Comment expliquer cette " fracture numérique " ?

Les raisons des inégalités d'utilisation sont connues : raisons économiques, illettrisme, handicaps divers. Mais est moins admis le fait que, même parmi les utilisateurs, on trouve beaucoup d'individus qui sont mal à l'aise et très stressés quand on leur impose de travailler en permanence avec ces technologies. Ils préfèrent des activités moins abstraites et les communications de proximité.

Et de fait, la principale " fracture " pourrait se situer entre les techno-mordus, qui prennent beaucoup de plaisir à traiter les informations à distance avec ces technologies et acceptent les longs temps d'apprentissage nécessaires, et tous les autres.

Par leurs discours dithyrambiques sur les bienfaits d'internet, ils culpabilisent ceux qui maîtrisent moins bien ces technologies et tendent à leur faire croire qu'ils vont être exclus de toute vie en société en devenant des citoyens de seconde zone.

C'est pourquoi, vouloir généraliser l'utilisation des technologies numérisées à distance n'est qu'une utopie idéologiquement et commercialement rassurante.

Mais ce n'est pas un objectif souhaitable car le traitement des informations numérisées à distance n'est ni la seule, ni la plus importante activité humaine.

Ce n'est pas un objectif réaliste car une partie de la population aura toujours beaucoup de difficultés à utiliser ces technologies et que la culture varie moins vite que n'apparaissent les nouvelles versions de matériels (120 ans après l'école obligatoire, 3 à 5 millions de nos concitoyens ont des problèmes avec la lecture).

Le véritable objectif doit être : "Internet et les nouvelles technologies pour tous … ceux qui le veulent et le peuvent. ".

Cela nous obligerait à rester attentifs à ceux qui ne peuvent ou ne veulent utiliser les systèmes numériques à distance (un tiers de la population?).

Ne pas vouloir adapter tout le monde à tous prix aux systèmes numériques mais adapter les emplois et les systèmes d'accès et de communications aux techno-exclus. De même qu'il faut préserver la bio - diversité pour des raisons écologiques, il faut maintenir et accroître la techno - diversité des accès à l'information.

C'est l'action la plus urgente et la plus simple de régler les problèmes de " fracture numérique " : il n'y aura pas à réduire une fracture qui n'aura pas été provoquée!


 


 

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