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TROP DE MAILS
: DANGEREUX POUR LA SANTE ?
Il est plus facile de prôner la suppression
des technologies asynchrones que de s'attaquer au flux tendu,
à l'inflation d'indicateurs ou au reporting permanent
Beaucoup de salariés, et en particulier
des cadres, ressentent ce que l'on appelle la surcharge " communicationnelle
" (nombre de données liées à la communication) et la " surcharge
informationnelle " (liée au nombre de données mises à la disposition
du salarié), sources de stress pour les salariés et de perte de
productivité pour les entreprises.
C'est pourquoi deux initiatives récentes
chez Canon
et chez Atos
Origin, concernant la gestion de l' " infobésité ", attirent
l'attention : elles ont pour objectif de diminuer ou de même de
supprimer l'usage de la messagerie électronique, technologie dite
" asynchrone " car la réponse peut ne pas être immédiate. L'idée
est de développer les technologies " synchrones ", qui exigent
à toute question une réponse immédiate, du type téléphone ou messagerie
instantanée en faisant l'hypothèse que les messages seront moins
nombreux - pas de copies- et moins longs - car le dialogue doit
faciliter les solutions immédiates.
Conditions de travail et TIC : vers
le ping pong permanent avec la suppression des technologies asynchrones
?
Certes le courriel est très chronophage,
mais il autorise encore un tout petit espace de liberté dans cette
jungle informationnelle : le récepteur n'est pas sous la pression
permanente de l'émetteur du message et peut hiérarchiser ses priorités
et prendre un certain temps - même s'il est souvent très court
- pour répondre. Il lui reste une impression de travailler à son
rythme … Favoriser les technologies synchrones est-ce une bonne
solution ? Pas sûr, car les risques de ce type de communication
qui exige des réponses immédiates sont bien connues : travailler
sous contrainte de temps induit moins de réflexions, plus de pression
et plus de stress. Seuls ceux qui préfèrent le ping pong au bridge
ou aux échecs seront avantagés. Mais les champions de tennis de
table ne jouent pas en compétition 8 heures par jour et 200 jours
par an pendant 42 ans…
Journée sans mail chez Canon
: téléphonez !
" Article 17 : La réception de nombreux
mails ayant été identifiée comme l'un des facteurs de stress,
Canon France s'engage à initier trimestriellement une "journée
sans mail" à visée pédagogique ".
C'est en analysant les conclusions d'une
étude sur les conditions de travail, réalisée à la demande des
organisations syndicales, que la direction de Canon France a publié
une " charte pour redécouvrir le travailler mieux " instituant,
entre autres dans son article 17, cette " journée sans mail "
dont la première a été organisée le 3 décembre 2010. L'étude a
montré que chaque salarié traitait 5 750 mails par an soit 25
à 30 par jour. La direction a aussi diffusé un document intitulé
" 10 règles d'or du bon usage de la messagerie électronique "
dont la règle n°1 est la suivante : " Un simple appel téléphonique
peut souvent remplacer un mail : parler ou encore mieux, lorsque
c'est possible, aller voir son interlocuteur permet incontestablement
de rendre l'échange plus chaleureux, et bien souvent plus efficace
".(Voir communiqué
de presse du 9 décembre 2010)
" Echange plus chaleureux ? ".On
croit rêver quand on entend un des leaders de l'économie numérique
à distance vanter les bienfaits de la proximité !
Zéro mail chez ATOS d'ici 2014 : réponse
instantanée obligatoire ...
Thierry Breton, le PDG d'Atos
Origin, a fixé comme objectif à cette société de services
informatiques de devenir une entreprise " zéro e-mail " après
avoir constaté qu'un salarié passe entre dix et vingt heures par
semaine à lire ses e-mails et à y répondre, depuis l'entreprise
ou de chez lui (Voir : communiqué
de presse du 7 février 2011).
En 2010, selon lui, les salariés recevaient
en moyenne 200 e-mails par jour, dont 18 % étaient des spams.
Il espère que, d'ici trois ans, les salariés de la SSII n'utiliseront
plus les e-mails pour communiquer en interne, mais se serviront
des messageries instantanées, des microblogging (Twitter, …),
des réseaux sociaux (Facebook,…), de services collaboratifs (Office
communicator, …) et de plates-formes communautaires.
Le discours chez Atos est plus clair que
celui de Canon : on ne parle pas de convivialité, mais de productivité.
On n'en est plus à " Tournez sept fois votre langue avant de répondre
", ou " Laisser du temps au temps ", ou " Réfléchissez " ou même
à la société de l'impatience, mais à la société du zéro délai
" Répondez n'importe quoi, mais vite ".
Des solutions trop limitées : changer
les technologies ou changer l'organisation ?
Réfléchir aux dangers de la messagerie
ne manque pas d'intérêt : mais n'est-il pas au moins aussi important
de se reposer des questions sur la détérioration des conditions
de travail provoquées par les excès du flux tendu, du reporting
permanent et de l'inflation des indicateurs cherchant à contrôler
en détail l'activité et les résultats de chaque salarié en tout
lieu et à toute heure ?
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