Accord
- cadre européen sur le télétravail
signé
le 16 juillet 2002 par les partenaires sociaux
(CES,
l'UNICE/UEAPME et le CEEP)
CES (Confédération Européenne
des Syndicats de salariés)
UNICE/UEAPME (Union des Confédérations de l'Industrie
et des Employeurs d'Europe )
CEEP(Centre Européen des Entreprises à participation
publique et des entreprises d'intérêt économique
général)
Texte
intégral commenté
Voir la présentation
générale de cet accord
Télécharger
le texte commenté de l'accord-cadre européen du 16 juillet
2002 (PDF)
Télécharger
le texte officiel de l'accord-cadre européen du 19 juillet
2005 en anglais(PDF)
Voir
le texte de l'accord interprofessionnel français sur le télétravail
du 19 juillet 2005 commenté par Yves Lasfargue
Voir
la comparaison commentée des textes du 19 juillet 2005 et du
16 juillet 2002 
1.
Considérations générales
Dans
le cadre de la Stratégie Européenne pour l'Emploi, le Conseil européen
a invité les partenaires sociaux à négocier des accords en
vue de moderniser l'organisation du travail, incluant des arrangements de travail
flexibles, dans le but d'améliorer la productivité et la compétitivité
des entreprises et de réaliser l'équilibre nécessaire entre
la flexibilité et la sécurité.
| Commentaires (ces commentaires
sont de Yves Lasfargue) Avant l'accord-cadre sur le
télétravail, l'UNICE, le CEEP et la CES ont conclu trois accords
sur: · le congé parental ·
le travail à temps partiel · les contrats à durée
déterminée |
La Commission européenne, dans la seconde phase de consultation des partenaires
sociaux sur la modernisation et l'amélioration des relations de travail,
a invité les partenaires sociaux à engager des négociations
sur le télétravail. Le 20 septembre 2001, la CES (et le comité
de liaison EUROCADRES/CEC), l'UNICE/UEAPME et le CEEP ont annoncé leur
intention d'ouvrir des négociations en vue d'un accord à mettre
en uvre par les organisations membres des parties signataires dans les Etats
membres et dans les pays de l'Espace Economique Européen.
Par
ces négociations, ils ont souhaité contribuer à préparer
le passage vers l'économie et la société de la connaissance
comme décidé par le Conseil européen de Lisbonne.
| Commentaires Il
est regrettable que ce très bon accord soit gâché par des
considérations générales très discutables.
Allons nous vraiment "Vers l'économie et la société
de la connaissance"? Probablement sous l'influence des pays du
nord et des anglo - saxons, les partenaires sociaux utilisent malheureusement
le vocabulaire traditionnel de la "cyber secte" qui veut faire croire
que l'on va passer, grâce aux NTIC (Nouvelles technologies de l'information
et de la communication) de la société de l'ignorance à la
société de la connaissance
C'est le même discours
qui insistent sur le fait que, dans la société de l'information,
les travailleurs seront des "travailleurs de la connaissance", comme
si les autres travailleurs étaient des travailleurs de l'ignorance. |
Le
télétravail couvre un large éventail de situations et de
pratiques sujettes à des évolutions rapides. Pour cette raison,
les partenaires sociaux ont choisi une définition du télétravail
qui permette de couvrir différentes formes de télétravail
régulier.
Les partenaires sociaux considèrent le télétravail
à la fois comme un moyen pour les entreprises et les organisations de services
publics de moderniser l'organisation du travail, et comme un moyen pour les travailleurs
de concilier vie professionnelle et vie sociale et de leur donner une plus grande
autonomie dans l'accomplissement de leurs tâches. Si l'Europe désire
tirer le meilleur parti de la société de l'information, elle doit
encourager cette nouvelle forme d'organisation du travail, de façon à
ce que la flexibilité et la sécurité aillent de pair, que
la qualité des emplois soit accrue et que les chances des personnes handicapées
sur le marché du travail soient améliorées.
| Commentaires
L'Europe doit - elle doit "encourager" cette
nouvelle forme d'organisation du travail? A notre avis, la réponse
est non. Elle doit se contenter de permettre à tous ceux qui le veulent
de pouvoir télétravailler dans de bonnes conditions, identiques
à celles des autres formes de travail, mais elle n'a pas à "encourager"
le télétravail. Là encore, malgré le discours
de la cyber secte, il faut être conscient que le télétravail
est une forme de travail ni meilleure , ni pire que les autres.
|
Cet
accord volontaire a pour objet d'établir un cadre général
au niveau européen, à mettre en uvre par les organisations
membres des parties signataires, conformément aux procédures et
aux pratiques nationales spécifiques aux partenaires sociaux. Les parties
signataires invitent aussi leurs organisations membres des pays candidats à
mettre en uvre cet accord.
La mise en uvre de cet
accord ne constitue pas une raison valable pour réduire le niveau général
de protection accordée aux travailleurs dans le champ du présent
accord. Lors de la mise en uvre de cet accord, les membres des organisations
signataires évitent d'imposer des charges inutiles aux PME.
Cet accord
ne porte pas préjudice au droit des partenaires sociaux de conclure, au
niveau approprié, y compris au niveau européen, des accords adaptant
et/ou complétant le présent accord d'une manière qui prenne
en compte les besoins spécifiques des partenaires sociaux concernés.
| Commentaires: La
mise en uvre doit se faire pays par pays : cela veut dire que des accords
spécifiques nationaux, par branche et par entreprise doivent être
négociés maintenant. |
2.
Définition et champ d'application
Le télétravail
est une forme d'organisation et/ou de réalisation du travail, utilisant
les technologies de l'information, dans le cadre d'un contrat ou d'une relation
d'emploi, dans laquelle un travail, qui aurait également pu être
réalisé dans les locaux de l'employeur, est effectué hors
de ces locaux de façon régulière.
Le présent accord
couvre les télétravailleurs. On entend par télétravailleur
toute personne qui effectue du télétravail tel que défini
ci-dessus.
| Commentaires: Cette
définition est importante et précise que : ·
Le travail est effectué hors de ces locaux de façon régulière
: cela semble exclure les salariés qui travaillent occasionnellement hors
de l'entreprise, mais inclure les travailleurs "nomades" (en particulier
les cadres) qui travaillent 1 ou 2 jours par semaine chez eux. ·
Télétravail = utilisant les technologies de l'information. Cela
semble exclure les travailleurs à domicile n'utilisant pas les technologies
de l'information (ex : couture,
). |
3. Caractère volontaire
Le
télétravail est volontaire pour le travailleur et l'employeur concernés.
Le télétravail peut faire partie du descriptif initial du poste
du travailleur, ou on peut s'y engager volontairement par la suite.
Dans les
deux cas, l'employeur fournit au télétravailleur les informations
écrites pertinentes conformément à la directive 91/533/CEE,
en ce compris des informations relatives aux conventions collectives applicables,
une description du travail à réaliser, etc. Les spécificités
du télétravail demandent normalement des informations écrites
complémentaires sur des questions telles que le département de l'entreprise
auquel le télétravailleur est rattaché, son supérieur
immédiat ou autres personnes auxquelles le télétravailleur
peut adresser des questions de nature professionnelle ou personnelle, les modalités
pour faire rapport, etc.
| Commentaires : L'accord
prévoit une description écrite d'informations souvent données
seulement par oral pour les formes traditionnelles de travail. |
Si
le télétravail ne fait partie du descriptif initial du poste, et
si l'employeur fait une offre de télétravail, le travailleur peut
accepter ou refuser cette offre. Si un travailleur exprime le désir d'opter
pour un télétravail, l'employeur peut accepter ou refuser cette
demande.
Le passage au télétravail, en tant que tel, parce qu'il
modifie uniquement la manière dont le
travail est effectué,
n'affecte pas le statut d'emploi du télétravailleur. Le refus d'un
travailleur d'opter pour un télétravail n'est pas, en soi, un motif
de résiliation de la relation d'emploi ni de modification des conditions
d'emploi de ce travailleur.
Si le télétravail ne fait pas partie
du descriptif initial du poste, la décision de passer au télétravail
est réversible par accord individuel et/ou collectif. La réversibilité
peut impliquer un retour au travail dans les locaux de l'employeur à la
demande du travailleur ou à celle de l'employeur. Les modalités
de cette réversibilité sont établies par accord individuel
et/ou collectif.
| Commentaires : La
réversibilité est prévue si le télétravail
ne fait pas partie du descriptif initial du poste |
.
4.
Conditions d'emploi
En ce qui concerne les conditions
d'emploi, les télétravailleurs bénéficient des mêmes
droits, garantis par la législation et les conventions collectives applicables,
que les travailleurs comparables dans les locaux de l'entreprise. Cependant, pour
tenir compte des particularités du télétravail, des accords
spécifiques complémentaires collectifs et/ou individuels peuvent
être nécessaires.
| Commentaires
: Les télétravailleurs bénéficient
des mêmes droits que les autres travailleurs. Mais il est évident
que des accords doivent préciser les modalités spécifiques,
en particulier concernant les horaires et le "droit à la déconnexion". |
5.
Protection des données
Il incombe à
l'employeur de prendre les mesures qui s'imposent, notamment d'ordre logiciel,
pour assurer la protection des données utilisées et traitées
par le télétravailleur à des fins professionnelles.
L'employeur
informe le télétravailleur de toutes législations et règles
de l'entreprise pertinentes pour la protection des données.
Il incombe
au télétravailleur de se conformer à ces règles.
L'employeur informe le télétravailleur, en particulier:
- de
toute restriction à l'usage des équipements ou outils informatiques
comme l'Internet;
- des sanctions en cas de non-respect.
6. Vie privée
L'employeur
respecte la vie privée du télétravailleur.
Si un moyen
de surveillance est mis en place, il doit être proportionné à
l'objectif et introduit conformément à la directive 90/270 relative
aux écrans de visualisation.
| Commentaires
: Cet article est important car il est probable que
certains employeurs auront tendance à mettre en place des systèmes
de suivi "à distance" des horaires et des activités. |
7.
Équipements
Toutes les questions relatives
aux équipements de travail, à la responsabilité et aux coûts
sont définies clairement avant le début du télétravail.
En règle générale, l'employeur est chargé de fournir,
d'installer et d'entretenir les équipements nécessaires au télétravail
régulier, sauf si le télé-travailleur utilise son propre
équipement.
Si le télétravail est réalisé
régulièrement, l'employeur couvre les coûts directement causés
par ce travail, en particulier ceux liés aux communications.
L'employeur
fournit au télétravailleur un service approprié d'appui technique.
L'employeur a la responsabilité conformément à la législation
nationale et aux conventions collectives en ce qui concerne les coûts liés
à la perte ou à l'endommagement des équipements et des données
utilisés par le télétravailleur.
Le télétravailleur
prend dûment soin des équipements qui lui sont confiés; il
ne rassemble ni ne diffuse de matériel illicite via l'Internet.
| Commentaires
: Ces règles concernant les équipements
sont importantes, mais doivent être précisées clairement dans
un accord d'entreprise et un contrat individuel: ·
Comment sont couverts TOUS les frais (communication, électricité,
mais aussi frais liés à la surface occupée par l'espace de
travail, tels que la location et le chauffage)? · Quel mobilier complémentaire
est nécessaire (chaise, table, armoire, ..)? · Quel appui technique
de la part de l'entreprise ? · Quelle assurance (vol, incendie, accidents,
)? . |
8.
Santé et sécurité
L'employeur
est responsable de la protection de la santé et de la sécurité
professionnelles du télétravailleur conformément à
la directive 89/391, ainsi qu'aux directives particulières, législations
nationales et conventions collectives pertinentes.
L'employeur informe le
télétravailleur de la politique de l'entreprise en matière
de santé et de sécurité au travail, en particulier des exigences
relatives aux écrans de visualisation. Le télétravailleur
applique correctement ces politiques de sécurité.
Afin de vérifier
l'application correcte des dispositions applicables en matière de santé
et de sécurité, l'employeur, les représentants des travailleurs
et/ou les autorités compétentes ont accès au lieu du télétravail,
dans les limites des législations et conventions collectives nationales.
Si le télétravailleur travaille à domicile, cet accès
est soumis à une notification préalable et à son accord.
Le télétravailleur est autorisé à demander une visite
d'inspection.
| Commentaires
: Ces règles concernant la santé et la
sécurité doivent aussi être précisées clairement
dans un accord d'entreprise et un contrat individuel: ·
Comment respecter les règles ergonomiques appliquées dans l'entreprise?
Rôle du CHSCT pour contrôler ce respect? · Quelles mesures
de sécurité matérielle (respect des normes de sécurité
par exemple pour les connexions électriques)? Rôle du CHSCT pour
contrôler ce respect? · Qui finance les aménagements nécessaires? |
9.
Organisation du travail
Dans le cadre de la législation,
des conventions collectives et règles d'entreprise applicables, le télétravailleur
gère l'organisation de son temps de travail.
La charge de travail et
les critères de résultats du télétravailleur sont
équivalents à ceux de travailleurs comparables dans les locaux de
l'employeur.
L'employeur s'assure que des mesures sont prises pour prévenir
l'isolement du télétravailleur par rapport aux autres travailleurs
de l'entreprise, telles que lui donner la possibilité de rencontrer régulièrement
ses collègues et d'avoir accès aux informations de l'entreprise.
| Commentaires
: Cet article induit que l'on est capable de mesurer
la charge de travail dans la société de l'information, ce qui n'est
pas toujours évident. Pour prévenir l'isolement, certains accords
d'entreprise, déjà en application, prévoient que les télétravailleurs
viennent un jour ou deux jours par semaine dans l'entreprise (par exemple : le
mardi et le jeudi, jours où sont aussi organisées les réunions). |
10.
Formation
Les télétravailleurs ont
le même accès à la formation et aux possibilités de
carrière que des travailleurs comparables qui travaillent dans les locaux
de l'employeur et sont soumis aux mêmes politiques d'évaluation que
ces autres travailleurs.
Les télétravailleurs reçoivent
une formation appropriée, ciblée sur les équipements techniques
à leur disposition et sur les caractéristiques de cette forme d'organisation
du travail. Le superviseur et les collègues directs des télétravailleurs
peuvent également avoir besoin d'une formation à cette forme de
travail et à sa gestion.
| Commentaires
: L'accord met l'accent sur la formation de la hiérarchie
et des collègues : c'est un point très intéressant car cette
formation est absolument nécessaire pour faciliter les rapports des uns
et des autres. |
11.
Droits collectifs
Les télétravailleurs
ont les mêmes droits collectifs que les travailleurs dans les locaux de
l'entreprise. Il n'est pas fait obstacle à la communication avec les représentants
des travailleurs.
Les télétravailleurs sont soumis aux mêmes
conditions de participation et d'éligibilité aux élections
pour les instances représentatives des travailleurs ou prévoyant
une représentation des travailleurs. Les télétravailleurs
sont inclus dans le calcul déterminant les seuils nécessaires pour
les instances de représentation des travailleurs, conformément aux
législations européennes et nationales ainsi qu'aux conventions
collectives et pratiques nationales. L'établissement auquel le télétravailleur
sera rattaché afin d'exercer ses droits collectifs est précisé
au départ.
Les représentants des travailleurs sont informés
et consultés sur l'introduction du télétravail conformément
aux législations européennes et nationales ainsi qu'aux conventions
collectives et pratiques nationales.
| Commentaires
: Il est évident que cet article pose le problème
de la possibilité d'utilisation des NTIC par les organisations syndicales,
et en particulier la possibilité d'utilisation de l'intranet et de la messagerie
de l'entreprise. En France, tout introduction du télétravail
doit induire une consultation du Comité d'entreprise (Article
L 432 - 2) car c'est un projet important de changement. |
12.
Mise en uvre et suivi
Dans le cadre de l'article
139 du Traité, cet accord-cadre européen sera mis en uvre
par les membres de l'UNICE/UEAPME, du CEEP et de la CES (et du Comité de
Liaison EUROCADRES/CEC), conformément aux procédures et pratiques
propres aux partenaires sociaux dans les Etats membres.
Cette
mise en uvre sera effectuée dans les trois ans suivant la date de
signature de cet accord.
Les organisations membres feront rapport
sur la mise en uvre de cet accord à un groupe ad hoc créé
par les parties signataires sous la responsabilité du comité du
dialogue social. Ce groupe ad hoc préparera un rapport conjoint sur les
actions de mise en uvre prises. Ce rapport sera préparé dans
les quatre ans suivant la date de signature de cet accord.
En cas de questions
sur le contenu de l'accord, les organisations membres pourront en référer
conjointement ou séparément aux parties signataires.
Les parties
signataires passeront en revue l'accord cinq ans après la signature si
l'une des parties signataires le demande.
| Commentaires
: La mise en uvre de l'accord se fera dans chaque
pays dans les 3 ans, c'est à dire avant le 16 juillet 2005. C'est
une grande première dans le cadre des rapports sociaux européens. En
effet, aux termes de l'article 139 du Traité sur l'UE, pour mettre en uvre
un accord conclu au niveau européen, les partenaires sociaux peuvent: ·
soit demander à la Commission de transmettre leur accord au Conseil, qui
en fera une législation de l'UE; · soit se fier à leurs
membres, qui mettront l'accord en uvre conformément aux procédures
et pratiques propres aux partenaires sociaux dans les États membres. Les
trois accords précédents sur le congé parental, le travail
à temps partiel et les contrats à durée déterminée
ont été mis en uvre par une directive du Conseil. L'accord-cadre
sur le télétravail sera le premier à être mis en uvre
par la voie volontaire visée à l'article 139 du Traité sur
l'Union européenne. |